On ne compte plus les articles qui s’attachent à traiter des méthodes d’écriture d’une nouvelle. Pourtant, peu parviennent à délivrer des messages clairs sur la manière de s’y prendre. Lire des nouvelles — connues et moins connues — et s’inspirer des plus grands noms en ce domaine est un bon début, mais cela ne suffit pas pour de nombreux auteurs en devenir. 

Il faut aussi s’attacher à décortiquer l’écriture d’une nouvelle, de la première phrase à la chute, en examinant les cheminements possibles. 

Écrire une nouvelle : viser l’intensité 

Roman et nouvelle se ressemblent dans le sens où ils font appel aux mêmes principes narratifs. Ce qui différencie la nouvelle est principalement sa concision. Ni fable ni conte, la nouvelle donne souvent à voir l’aperçu d’un monde de manière chirurgicale au travers d’un épisode précis. Et elle peut être de tous les genres : réaliste, fantastique ou encore historique. 

De nombreux auteurs et professionnels du livre ont coutume de dire que la nouvelle est l’exercice préalable par excellence avant l’écriture d’un roman. Certes, l’exercice, plus court, est un champ d’expérimentation créative, tentant, avant de se lancer dans un format plus long. Mais il ne faut pas sous-estimer la difficulté d’écrire une bonne nouvelle. 

Quels obstacles si le nombre de pages est réduit ? Justement, chaque mot, chaque phrase, chaque paragraphe doit être d’autant plus concentré. Intense. On lit une nouvelle rapidement, gardant le début bien en tête alors que l’on touche déjà à la fin ; cela a pour conséquence d’exiger d’une nouvelle un effet d’ensemble parfait, c’est-à-dire total, servi par tous les éléments : le début, le corps, la chute. 

Pourquoi la chute est si importante

Une chute fait appel à une fin soudaine, parfois brutale, qui doit surprendre le lecteur. 

L’exigence d’une chute c’est que, comme toute fin, elle doit paraître logique, crédible ; une fois la surprise passée, l'évidence doit s’imposer. Tout lecteur de nouvelle s’attend à une chute. 

Pour faciliter l’écriture de nouvelles et fournir quelques repères, plusieurs formats de chute sont possibles : 

  • Varier sur l’incipit 

L’incipit, autrement dit les premiers mots du livre, donc ici de la nouvelle. On recherche un effet d’écho entre les premiers mots du début et ceux de la fin ; la chute permet de “boucler la boucle”, bâtie en écho avec l’incipit. Entre le début et la fin, la nouvelle déployée permet d’amener un autre sens aux mêmes mots. 

  • Jouer sur le retour à l’ordre 

Cette sorte de chute implique que la nouvelle produise une rupture de l’ordre établi en début de récit ; alors la chute permet de rétablir cet ordre initial, une normalité qui souvent a perdu de son sens ou représente tout autre chose par les événements qui auront eu lieu entre-temps. 

Par ce type de chute, il est possible de jouer sur l’ironie et/ou la tragédie de l'immuabilité des choses, de ce qui ne change pas et, symboliquement, cela peut aussi représenter la mort du ou des héros. 

  • Miser sur LE détail qui tue

Il s’agit ici de concentrer l’attention du lecteur sur un élément apparemment anodin, glissé en cours de nouvelle, et qui sera au cœur de la chute. Ce détail peut être un objet, un geste, une parole et doit raisonner avec le lecteur, être une évidence lors de la chute, chargé d’intensité. 

Glisser des indices, des détails, tout au long de sa nouvelle, en lien avec la chute, est d’ailleurs une bonne pratique à ne pas négliger. 

  • Concentrer l’attention sur un détail symbolique 

À la différence du détail qui tue, on vise ici la symbolique. Un élément permet de donner tout son sens à la chute car il cristallise ce que la fin symbolise pour le ou les personnages et, de fait, pour le lecteur. L’effet symbolique permet d’évoquer spontanément — par un objet, un être, un fait — quelque chose d’abstrait ou d’absent. Exemple : la colombe pour la paix. La condition étant de ne pas confondre symbole et cliché. 

  • Viser haut et tenter la fin ouverte 

Je serais tentée de conseiller ce format aux auteurs aguerris. Plutôt qu’une chute amenant un rebondissement ou un retournement de situation, il est possible de composer une fin synonyme d’ouverture. Maupassant ou encore Umberto Eco en ont usé avec talent. La nouvelle s’achève en points de suspension, sans brutalité, en dehors d’un cadre précis. L’auteur laisse alors le choix de l’interprétation au lecteur. 

Ce n’est pas un format aisé lorsque l’on débute car les lecteurs sont alors d’autant plus exigeants sur le style et la structure du récit. Une chute remarquable ne sera pas là pour “récupérer” un récit un peu faiblard. 

Cette liste de chutes possibles n’est bien sûr pas exhaustive. Il est nécessaire d’explorer par soi-même d’autres formats.

En termes de méthode, tous les points de départ sont valables. Vous pouvez commencer par écrire la chute ou esquisser avant tout le corps du texte, peu importe ! 

Et en matière de réécriture, la nouvelle ne fait pas exception : travailler son texte en profondeur, bien au-delà du premier jet, demeure indispensable. Certains avancent que le premier jet ne représente que 30 à 40% du travail. 

Mon expérience d’auteur en devenir 

Je ne m’étais encore jamais posée la question de méthodes d’écriture pour une nouvelle jusque récemment, ou seulement de manière lointaine. Lorsque je me suis lancée dans l’écriture d’une dizaine de nouvelles au printemps 2018, dans le cadre d’appels à texte, j’avais seulement en tête deux incontournables : le format court et la nécessité d’une chute. Que ce soient les différents formats de dénouement possibles ou l’importance de structurer la nouvelle en elle-même, le reste demeurait vague. J’avais approché cette période d’écriture de manière instinctive. 

Deux événements m’ont encouragé à creuser le sujet et formaliser mon approche : le lancement de Je suis auteur en mai 2020 et l’élaboration de ma nouvelle “Staphylohakunamatatus” dans le cadre du recueil de nouvelles “Drôles de virus” publié aux éditions Brandon en novembre 2020. 

Je suis auteur me force à m’intéresser aux méthodes, conseils, démarches d’écriture au sens large et pour tous les formats. En particulier le roman, puis la nouvelle. Il me tarde de m’intéresser de manière plus précise à l’écriture de scénarios et de pièces de théâtre. 

Pour l’écriture de ma nouvelle du recueil “Drôles de virus”, je n’en avais pas écrit depuis plus de deux ans. J’ai alors souhaité approfondir le sujet, surtout en apprendre plus sur la meilleure manière d’écrire la nouvelle qui m’était venue à l’esprit. 

Sources :

https://actualites.ecoledeslettres.fr/education/ecrire-une-nouvelle-comment-trouver-une-chute/

https://www.monbestseller.com/actualites-litteraire-conseil/3008-comment-ecrire-une-nouvelle-regles-cles-et-bonne-methode