Un athlète n’aura jamais l’opportunité de remporter une course si, déjà, il ne se tient pas sur la ligne de départ. C’est la même chose pour les auteurs concernant les prix littéraires. 

La majorité des auteurs — et leurs maisons d’édition — sont aujourd’hui des athlètes exclus des lignes de départ des plus grandes courses, des plus prestigieuses, des plus reconnues du milieu : les grands prix littéraires. 

Bien sûr, ce ne sont pas les seules récompenses littéraires qui comptent en France mais ces quelques grands prix ont une influence considérable : ils sont le meilleur argument de vente possible vis-à-vis des libraires et des lecteurs. 

Lorsque vous ne savez pas quoi offrir comme livre ou quel ouvrage lire, est-ce que vous ne vous dirigez pas vers “le nouveau Goncourt” ou “le dernier prix Femina” car ce sont des “valeurs sûres” ? Rien de mal à cela, bien sûr — nous le faisons tous — mais cela vient invisibiliser de nombreux ouvrages et de nombreuses maisons d’édition qui, elles aussi, effectuent un travail considérable. 

Le presque oligopole des grandes maisons d’édition parisiennes couplé à celui des grands prix littéraires limite fortement une diversification médiatique et commerciale des ventes de livres primés, ou non. Un livre non primé ne signifie pas qu’il soit d’un faible niveau et il existe des centaines de prix littéraires autres que le Renaudot ou l’Interallié. 

Alors, voici un tour d’horizon des prix littéraires aujourd’hui, de leur influence, et des possibilités qui s’offrent à nous en tant qu’auteur, lecteur ou encore maison d’édition. 

Prix littéraires en France : toujours les mêmes éditeurs récompensés ? 

Un très bon article du Monde, publié en 2017, analysait justement cette tendance à récompenser les mêmes maisons d’édition, de plus en plus : 

“Gallimard a remporté trois des dix prix majeurs (le Médicis, les prix France Inter et Elle), Grasset deux (le Renaudot et le prix de l’Académie) et Flammarion deux également. Année après année, les observateurs soulignent la domination de trois « grands » éditeurs, Gallimard, Grasset et le Seuil, au point de les amalgamer sous le vocable sarcastique de « Galligrasseuil ».”

L’article cite notamment une étude publiée par les Décodeurs en 2014 sur une sélection de dix des principaux prix littéraires décernés dans l’Hexagone, soit une analyse de plus de 700 ouvrages. Résultat ? Huit éditeurs sur 73 ont remporté plus de 20 prix à eux seuls.  

Et certains éditeurs ressortent particulièrement de ce classement : “Gallimard devance largement ses concurrents, avec 168 récompenses (...) et affiche aussi une grande régularité, en étant récompensée pratiquement tous les ans depuis un siècle. C’est également le cas du Seuil depuis 1946.”

L’étude souligne que sur les 25 dernières années de plus petits éditeurs voient leur influence grandir : "le phénomène a culminé en 2008, avec 8 prix sur 10 attribués à des outsiders, comme Actes Sud, Stock ou Zulma, puis s’est répété en 2012 et 2015 avec 7 récompenses.”

Mais peut-on vraiment considérer Actes Sud ou encore Stock comme des “outsiders” ? De mon point de vue, non. Ce sont des maisons d’édition bien établies qui bénéficient déjà d’une grande visibilité auprès des lecteurs en France. 

Et lorsque de plus petites maisons d’édition obtiennent des succès — telles que Fasquelle ayant remporté 5 prix — elles sont généralement absorbées par les grands éditeurs (à l’instar de Fasquelle, par Grasset). 

L’émergence de plus petits acteurs est d’autant plus illusoire que ces maisons d’édition sont généralement des filiales de mastodontes comme Gallimard ou Hachette. 

Prix littéraires : un oligopole d’auteurs ? 

Selon l’article du Monde de 2017 “cette concentration des œuvres ou écrivains primés s’est accentuée dans les vingt dernières années, en particulier sous l’effet des prix Elle et France Inter décernés par les lecteurs. Elle a surtout profité à trois maisons d’édition : Gallimard, Grasset et Actes Sud, qui a réalisé l’exploit de remporter sept prix grâce à seulement deux auteurs différents, Nancy Huston et Mathias Enard.”

Et régulièrement, des auteurs obtiennent plusieurs prix pour la même œuvre, la même année à l’instar de Leïla Slimani avec Chanson douce ou encore Delphine de Vigan avec D’après une histoire vraie. 

Petites maisons d’édition : seulement sélectionnées aux prix littéraires ? 

On observe que de plus petites maisons d’édition parviennent à voir leurs publications sélectionnées, voire primées, mais ce sont, le plus souvent, des prix régionaux ou de second ordre en termes de visibilité (et non de qualité bien sûr !).  

Des exemples ? 

  • Les éditions Phébus, dont l’un des ouvrages, publié en août dernier, a été sélectionné pour le Prix du Premier Roman 2021
  • La maison d’édition Arlea qui remporte des prix littéraires pratiquement tous les ans tels que le prix Bretagne en 2017 et le Prix Roland-de-Jouvenel 2017, de l’Académie française

Elles sont donc souvent sélectionnées en région, voire primées, et c’est déjà une belle avancée ! 

Mais je milite en tant qu’autrice et lectrice pour que la diversification des maisons d’édition et des auteurs sélectionnés et primés atteignent l’ensemble des prix littéraires en France. Cela apportera d’autant plus de richesse et d’équilibre au paysage littéraire. Pour le bénéfice de tous !