Quels conseils donnez-vous en tant qu’éditeur aux auteurs en devenir qui souhaitent concrétiser leurs projets, voire se professionnaliser ? 

C’est la pratique que Marion Carvalho et Charles Hédouin, co-fondateurs de la maison d’édition La Maison des Pas perdus, soulignent en premier. 

Pratiquer, pratiquer, pratiquer. Il s’agit d’oraliser ses textes, les lire à voix haute, leur donner une dimension plus vaste que celle d’être couché sur le papier ou affiché à l’écran dans l’intimité de sa chambre ou d’un bureau. 

Il faut donc pratiquer encore et encore selon eux mais également communiquer sur son travail : se faire relire par ses amis, par sa famille, par des inconnus, lancer des correspondances et parler de son travail, de son histoire à son entourage.

Que recherche-t-on derrière ce partage ? Il s’agit de prendre des avis du plus grand nombre, accepter et comprendre ceux-ci, même et surtout les négatifs.

Mais le partage doit dépasser l’échelle de l’entourage pour, bientôt, atteindre la sphère professionnelle. 

Il faut donc envoyer à des éditeur·rice·s son travail, à plusieurs d’entre eux, mais surtout à ceux dont l’auteur·rice aime le catalogue. Il faut notamment éviter ceux qui ont déjà dans leurs catalogues une histoire trop semblable à celle que l’auteur·rice compte partager. 

Et pour séduire son audience, avez-vous des clés de réussite à partager ? 

Avec humour, Marion et Charles soulignent qu’ils ne sont pas les explorateurs qui auraient réussi à percer le secret de ce qui fait le succès de certaines œuvres. Que ces explorateurs n’existeront probablement jamais. 

Après des siècles de recherche intense par l'humanité toute entière, l’avènement du positivisme et de la mise en chiffre des sciences littéraires, nous – petits éditeur·rice·s de la Maison des Pas perdus – ne sommes pas parvenus à déceler les secrets de la recette magique pour résoudre ce problème.

Quel texte va plaire ? Quand, comment et où ? Personne ne le sait, l'équation est bien trop complexe. Cela dépend de tant de facteurs socio-économiques, artistiques, politiques, tendanciels…

C’est vrai, le succès d’une pièce de théâtre, d’un roman, d’un scénario peut significativement varier d’un pays à l’autre, d’un milieu à l’autre, d’une époque à une autre sans que l’on puisse en décortiquer toujours les raisons précises.  

Mais ne peut-on pas tout de même élaborer un début de réponse ? 

D'après nous, on écrit pour soi, et c'est déjà beaucoup. Ensuite, on écrit pour être compris des autres, pour se faire entendre. Mais jamais pour plaire, encore moins pour séduire. 

Par séduction, Marion et Charles entendent ici sa dimension vulgaire, superficielle, vaine à l’image, pour eux, des mecton·ne·s qui racolent les badauds des plages en faisant des reprises de Francis Cabrel (ou de Prince, au choix) avec une guitare désaccordée. Ce n'est pas de l'art. Ce n'est jamais bon de tenter de séduire.

Les textes qui rencontrent le succès pourraient donc être ceux qui n’ont pas cherché à séduire, mais l’ont réussi justement “malgré eux” ?