Le style ? C’est bien ce qui caractérise, par la forme et le fond, l’écriture spécifique d’un auteur ou d’une autrice ; telle métaphore ou telle anaphore, doivent permettre d’identifier, entre autres caractéristiques, le style d’une Leïla Slimani ou d’un Jean d’Aillon. Ou tout simplement le vôtre. L’emploi des images participe à l’originalité d’un auteur, à la manière dont il ou elle “tord” la langue. 

Au-delà de la caractérisation de l’écriture, les figures de style doivent également être considérées comme des phares dans la nuit, des points lumineux au fil des pages ; chacune sert à attirer l’attention du lecteur sur une action, une réflexion, ou encore une situation fondamentale dans le récit. 

Travailler ses figures de style, c’est donc mobiliser la forme pour valoriser le fond. Tout un art à manier pour transmettre de la meilleure manière possible au lecteur ce que l’on souhaite lui raconter.

S’armer de patience pour maîtriser les figures de style

N’en déplaise aux partisans de la spontanéité en écriture, toute figure de style requiert un minimum — voire beaucoup — de réflexion et de travail en amont pour qu’elle paraisse fluide à la lecture. Il s’agit bien d’accepter de passer de longues minutes, plusieurs heures même, sur quelques lignes seulement. Mais quelles lignes à force d’effort ! Souvent, ce seront ces paragraphes que vos lecteurs (re)liront avec délectation. Alors cela vaut le coup bien sûr et, chanceux que nous sommes, la langue française présente un catalogue de figures de style assez étoffé pour satisfaire les folies et envies de n’importe quel auteur (en devenir). 

4 figures de style à expérimenter : comment écrire au-delà des métaphores et autres comparaisons

  • La métaphore et la comparaison : à volonté ? 

À consommer presque sans modération ! Tout ce qui relèvera des comparaisons simples, des métaphores, peut être appelé à tout moment et fréquemment à condition que cela soit justifié et que chacune de ces figures de style soit limpide pour le lecteur.  

Le risque avec ces figures bien connues est de tomber dans le cliché, le déjà-vu, des rapprochements déjà écrits et lus des milliers de fois. 

“Un message envoyé comme une bouteille à la mer”, “une peau de pêche”, “un rire en cascade” sont à éviter tant ils sont entrés dans le langage commun. Alors retenez plutôt l’idée qui se niche derrière et tentez de la traduire autrement, de manière moins familière, plus surprenante ! C’est l’occasion de vous mettre à la défamiliarisation

  • Anaphore ou la puissance de la répétition 

Cette figure de style tire sa particularité d’un effet de répétition : elle requiert de placer un mot ou un groupe de mots en début de phrase, plusieurs phrases d’affilée. L’une des anaphores les plus connues ? Le fameux “J’accuse !” d’Emile Zola. 

Elle capte l’attention du lecteur immédiatement et les mots doivent, comme toujours, être choisis avec soin. Que souhaitez-vous répéter et pour quelle raison ce mot ou ce groupe de mots est-il emblématique et/ou révèle-t-il quelque chose d’important dans votre récit ? 

  • Anadiplose ou la beauté du déploiement 

L’anadiplose fait partie de ces figures de style à la fois attirantes et complexes. Elle exige de maîtriser à la fois la répétition et un effet de développement car c’est une figure de style qui s’enrichit en progressant, au fur et à mesure de la lecture. L’idée est de développer une phrase étape par étape. 

En voici deux exemples dont la beauté se mêle à l’inattendu et illustre la puissance de cette figure de style. 

Ce n’est pas assis qu’on apprend. 

Les anciens, comme moi, ceux qui ont connu l’Avant, savent désormais que la nécessité rend noble l’éducation, assainit la transmission de tout dispositif qui la rend obligatoire, de tout programme élaboré hors contexte, de tout bâtiment, mobilier, matériel fabriqués en série. Ce n’est pas assis qu’on apprend ; c’est en marchant. Il nous faut graver ce qui est réel dans le regard du jeune. Il nous faut transmettre la gravité du réel. Ce n’est pas assis qu’on apprend ; c’est en marchant parmi les ruines.

Par Nikos Precas, Athènes en ruines

Un autre exemple, cette fois tiré d’une chanson de la chanteuse française Anaïs. 

Je t’aime. 

Je t’aime à en crever. 

Je t’aime à en crever les pneus de ta voiture 

  • Le chiasme ou la complexité du miroir

De même que l’anadiplose, le chiasme est une figure de style forte, à mobiliser avec modération. Elle nécessite un temps de réflexion et de préparation conséquent, à la hauteur de l’effet qu’elle peut produire lorsqu’elle est bien réalisée. 

C’est une figure de symétrie, souvent scindée par une conjonction de coordination (et /ou) ou une virgule. C’est une construction en AB / BA. 

Un exemple ? J’ai le choix entre une misérable (A) vie (B) et une mort (B) glorieuse (A). 

Misérable s’oppose à glorieuse, vie s’oppose à mort, avec un miroir en adjectif / nom et nom / adjectif. 

N’hésitez pas à vous entraîner le plus possible et partagez vos plus belles figures de style ! 

Mon expérience d’auteure en devenir

Pour ma part, j’ai réappris ce qu’était une figure de style en littérature ces dernières années à force d’entraînement, d’heures d’écriture, de lecture et de formation avec Brandon & Compagnie. 

Au début, j’ai eu un tel enthousiasme dans l’appropriation de ces figures de style que j’ai dû modérer mon goût pour les anadiploses ! Je vous conseille donc de prendre conscience de vos excès éventuels et de faire le tri, petit à petit, dans vos besoins en écriture : telle anaphore, telle anadiplose, telle comparaison est-elle vraiment nécessaire et pour quel usage ? 

Les figures de style sont comme toutes les bonnes choses dans la vie, il faut souvent s’en délecter mais ne pas en abuser (pour le bien du lecteur bien sûr)...