Qu’ils en aient conscience ou non, tout auteur s’appuie sur une structure de récit. Pour écrire, il peut être bénéfique de connaître et de s’inspirer de formats (re)connus, partagés par différents genres littéraires et qui peuvent assurer la cohérence d’une histoire par le tracé qu’ils indiquent. Ils guident à la fois écrivain et lecteur pour constituer le squelette de notre œuvre. À nous de le vêtir de muscles, de chair et d’âme. 

Le schéma narratif du conte : un cliché à revisiter ? 

Avec le rapt d’une princesse, les aventures d’un héros contre un grand ennemi pour la sauver, puis l’affrontement final et la résolution, le schéma narratif du conte fonctionne toujours. On peut changer le profil et la trajectoire des personnages, intervertir héros et héroïne dans leurs rôles, le format de la quête demeure très efficace comme structure de récit, en particulier au grand écran et dans des romans initiatiques. 

C’est donc une structure à dépoussiérer qui offre une solidité narrative dont on aurait tort de se priver si elle convient au récit que l’on souhaite conduire. Mais pour éviter les “déjà-vus”, chaque élément doit être étudié avec soin et revisité. 

Le schéma narratif du roman à l’américaine : un classique dont il faut se méfier 

Situation initiale, élément déclencheur, péripéties, résolution puis situation finale : un enchaînement que tout auteur en devenir connaît par cœur et applique à la lettre ? A peu de choses près. 

Il est tentant de suivre de manière scolaire la première structure narrative que nous décortiquons en détails et dont les blockbusters au cinéma nous abreuvent.  

Pour certains récits, il peut tout à fait être le squelette qui convient le mieux pour porter l'œuvre à son aboutissement et guider l’auteur de la meilleure manière. Mais trop souvent cette structure narrative est choisie par réflexe, par défaut. Challengez-les la ! 

L’importance de s’intéresser aux autres structures narratives du roman, du scénario ou de la nouvelle : 

D’autres schémas narratifs méritent d’être connus, tels que celui en boucle qui ramène lecteur et personnage principal au point de départ du récit après moult péripéties. Bien sûr, lecteur et personnages ne sont plus les mêmes et trouvent un certain sens à se retrouver au même endroit et/ou dans le même contexte tout en étant autre. C’est relier début et fin dans un cycle, à l’instar de l'Alchimiste de Paulo Coelho, une fin en retour au point de départ, qui pourrait éternellement durer. 

Voici donc une petite liste, non exhaustive, de structures narratives dont vous pouvez vous aider : 

  • La linéaire suit l’ordre chronologique du récit. 
  • La structure enchâssée qui repose sur l’existence d’un récit dans le récit. 
  • La répétition est constituée de la même séquence qui se répète plusieurs fois avec des variantes. L'important ici est tout de même de faire évoluer personnages et faire avancer l’histoire, avec et non pas malgré les répétitions. 
  • La structure en parallèle développe plusieurs intrigues qui se déroulent en même temps et sont montrées au lecteur de manière alternée. 
  • La fausse piste, très fréquente dans les romans policiers où  le lecteur est « abusé » par l’auteur qui l’amène à avoir une attente précise, alors que le récit l'emmène à une révélation déroutante et une fin inattendue. Elle suit l’idée de chute de la nouvelle, à l’échelle du roman. L’exercice est périlleux mais, quand il est réussi, le résultat en vaut la peine. 
  • La chronologie inversée, à l’instar de Chanson douce de Leïla Slimani, permet de construire le récit “à l’envers” en partant de l’aboutissement, de la fin, pour finir au début d’un point de vue chronologique.

Point d’attention : n’inversez pas les rôles 

Il ne s’agit pas de suivre à la lettre les étapes d’un schéma spécifique mais plutôt de s’en servir comme modèle à mobiliser à loisir pour solidifier le récit que nous tentons de faire émerger. S’inspirer sans s’enfermer donc. 

Le squelette est au service de notre récit et non l’inverse. L’histoire doit d’abord émerger puis, pour vous aider, étudier quelques schémas narratifs qui pourraient vous aider, vous guider, sans contraindre votre inspiration initiale. 

Inventez votre propre schéma narratif !

Cela peut paraître osé mais, chaque jour, des auteurs modèlent de nouveaux schémas narratifs qui, à leur tour, inspireront des générations d’auteurs en devenir. 

Balzac, Tolkien ou encore Slimani sont autant de créateurs ou d’exemples d’arc narratifs efficaces dont nous nous inspirons chaque jour. Structure de roman en miroir, format de quête ou le dénouement placé en ouverture pour saisir le lecteur : autant de possibilités à partir desquelles composer. 

Ne faites pas de la structure ou du processus votre point de départ, laissez courir votre inspiration avant d’en durcir les contours. 

Mon expérience d’autrice en devenir : 

A ma grande surprise, l’arc narratif de mon roman a émergé assez tardivement alors que je travaillais à la seconde version depuis près d’un an déjà et au projet dans son ensemble depuis trois ans. Oui, lorsqu’il s’agit d’écriture, je suis un diésel…

C’est lorsque la question de la fin du roman s’est posée que le besoin de renforcer sa structure est arrivé : quel terme donner à l’histoire que je racontais ? Et comment conduire à l’aboutissement que je souhaitais donner ? 

C’est en discutant avec plusieurs personnes, d’autres auteurs en devenir, Caroline Nicolas, mon éditrice, que la “bonne” structure est apparue pour Les Pavés du pardon. Et ce n’est pas l’une de celles que j’ai cité plus tôt dans l’article…

Lorsqu’il s’agit de schéma actanciel, il faut donc faire preuve de patience pour que nous apparaisse le bon format pour notre récit. Le reste devient plus fluide lorsque le squelette existe, que la charpente tient.