Disposer d’une liste à (dé)cocher des principales erreurs et maladresses en écriture à éviter, n’est-ce pas le rêve de tout apprenti auteur ? Sans exigence d’exhaustivité, il s’agit avant tout de permettre à chacun de gagner du temps et de capitaliser sur les erreurs fréquentes qu’il est possible d’éviter, sinon de minimiser. 

Des erreurs qui d’ailleurs se transforment et s’ancrent en mauvaises habitudes. À trop les intégrer dans sa pratique, on risque de le payer cher si elles se fondent dans notre manière d’écrire. En voici dix — il y en a d’autres bien sûr — mais évitons déjà celles-ci. 

1. Écrire de manière irrégulière, ou ne pas assez pratiquer 

Ne pas pratiquer tous les jours doit être l’une des plus grandes erreurs. Ou plutôt le plus grand des oublis. La régularité des séances d’écriture est une discipline dont aucun auteur en devenir ne devrait se passer. Elle est ce qui permet de progresser, de lancer la machine, d’améliorer tout le reste. À écrire deux heures un jour, puis une heure la semaine suivante, puis dix minutes le surlendemain, empêche l’ancrage d’une habitude et d’un socle indispensables à tout auteur. Pour une plus grande solidité, des repères. Certes, il faut avant tout pratiquer mais la régularité amène un cadre qui permet tout le reste par les bonnes habitudes qu’elle ancre en nous. Si vous souhaitez vous améliorer en écriture et que ce pas vous reste encore à faire, franchissez-le. C’est la première étape. 

2. Ne pas avoir de projet d’écriture défini ou, à l’inverse, s’éparpiller 

J’ai pu l’évoquer dans l’un des premiers articles du blog. Se choisir un objectif d’écriture et s’y tenir est l’une des premières étapes pour progresser en écriture. On ne peut améliorer l'inexistant, il faut disposer d’une base, d’un projet, d’une certaine production pour pouvoir le faire. Qui corrige une page blanche ? On ne réécrit pas le vide.

De même, multiplier les projets d’écriture est une erreur. Mener trois nouvelles et deux romans de front ne suppose pas d’avoir plus de chances de concrétiser une carrière d’auteur, cela se révèle plus un piège qu’autre chose. On tend alors à ne pas mener ses différents projets à leur terme, à rester en surface, à ne savoir où diriger son énergie ni mesurer ses efforts. Choisir un seul projet à la fois et s’y tenir, voici une règle à suivre dès ses débuts. 

3. Ne jamais se former en écriture

Apprendre, apprendre encore et toujours. Dans n’importe quel domaine, si l’on souhaite réussir, demeurer inactif face à son souhait de progresser devient le plus grand frein. Se former par soi-même ou intégrer un cursus précis, suivre des ateliers à distance ou en présentiel, échanger avec d’autres auteurs, assister à des conférences, lire surtout encore et encore : devenir auteur exige de déployer des efforts conséquents. Les progrès seront la meilleure des récompenses pour le temps et l’énergie déployés. 

Se former procure un cadre, un rythme, un élan pour améliorer son écriture. Par soi-même, auprès de professionnels ou de pairs. D'ailleurs, quelques formations sont conseillées sur le site Je suis auteur, jetez-y un oeil !

4. Tolérer l’incohérence dans les temps utilisés 

À la lecture, c’est une erreur qui se révèle gênante et tend à déprécier le propos. A l’échelle d’un même chapitre, d’un même récit, user de divers temps amène à la faute de “conjugaison littéraire”. 

L’écriture de romans et de nouvelles exige une cohérence que l’on est en droit de donner au lecteur. Les temps fonctionnent habituellement par binômes : par exemple, passé simple et imparfait, passé composé et imparfait. Marier le passé simple au passé composé fonctionnera moins bien ou seulement de manière ponctuelle. Et, contrairement à certaines idées reçues, écrire au présent est un exercice difficile. 

Lisez, repérez cette cohérence et la fluidité qu’elle procure au récit dans les oeuvres que vous parcourez. De même que diversifier les temps sans cadre, sans réflexion préalable relève d’une mauvaise pratique, ancrer ces exigences est une simple question d’habitude. 

5. Abuser d'adjectifs et d'adverbes

Cette erreur est souvent un incontournable pour les apprentis auteurs. Employer trop d’adjectifs pour qualifier une situation, renforcer un postulat ou encore préciser un verbe trop commun plutôt que d’employer le terme adéquat qui, en un mot, résume mieux sa pensée que trois ou quatre termes accolés. 

De même, pour les adverbes, ils sont trompeurs. Plutôt que de renforcer nos propos, ils les alourdissent par leur longueur, leur inflexibilité, le poids de la langue qu’ils portent. Former ses phrases sans user d’adverbes et sans abuser des adjectifs permet de redécouvrir la puissance des mots lorsqu’ils se tiennent seuls devant le lecteur. Sans béquille. 

6. Se contenter d’un vocabulaire restreint 

User d’une langue pauvre est rarement un choix de l’auteur. Un vocabulaire limité relève plus de la paresse et d’un manque de lecture. Rarement est-ce une volonté de l’auteur que de se limiter aux mêmes verbes, aux mêmes champs lexicaux, aux mots que tout le monde emploie au quotidien sans recherche dans le choix des termes adéquats. Pourtant, un vocabulaire approfondi, le bon choix de mots, transforment phrases et paragraphes. Plus précis, pertinent, évident, le propos est autre et cible juste. Il ne s’agit plus alors de poser des mots sur le papier, à la volée, comme on parle mais d’écrire avec réflexion, avec recherche, usant de la richesse de notre langue. 

7. Montrer ses écrits aux “mauvaises personnes” 

Par “mauvaises personnes”, je pense ici avant tout aux proches, aux amis, aux membres de sa famille. De prime abord, cela peut surprendre mais cela se révèle souvent une erreur que de leur montrer des écrits qui ne sont pas finalisés. Un roman, une nouvelle, un scénario en cours d’écriture doivent évoluer à l’abri des regards dans un premier temps puis, si possible, sous l’oeil de professionnels de l’écriture. Par “mauvaises personnes”, il ne s’agit pas de malveillance mais de personnes les moins indiquées car leurs retours seront rarement constructifs et toujours chargés émotionnellement. Écrire est déjà une tâche ardue qui exige de l’endurance et une grande motivation, y mêler ses proches en cours de processus implique plus de risques que de bénéfices.

L’erreur réside avant tout dans le “faux” confort de l’avis de ses proches et le fait de se tenir à distance de l’avis de professionnels qu’ils soient éditeurs, auteurs, ou encore correcteurs. 

8. Se passer de réécriture ou se presser

Pour quel auteur la réécriture n’est pas apparue telle une montagne, un sommet que l’on préférerait contourner plutôt que de s’y confronter ? Mais écrire ne rime pas avec simplicité et la réécriture est l’étape l’une des étapes capitales dans l’élaboration de chaque création littéraire. 

Au premier jet, on se déleste des mots qui nous viennent, les traçant sur le papier, porté par ses idées, son enthousiasme, le pouls du récit que l’on relate. Mais, une fois terminé, il faut s’y replonger. À cette étape, il s’agit encore d’un diamant brut, non poli, non serti. Alors, il faut se confronter à ce qui est sorti de soi, ces caractères noirs sur blanc, et décortiquer ses propos, retravailler encore et encore pour aboutir au meilleur rendu possible. 

Sauter cette étape est prendre le risque de présenter au monde un brouillon avec tout ce qu’il comporte de ratures, d’imprécisions et d’hésitations. Se passer de réécriture, c’est privilégier l’incohérence et la vitesse à la satisfaction d’un travail bien fait, dans le temps long. 

9. Se satisfaire de personnages superficiels 

Une erreur, l’éternelle angoisse d’un auteur de fiction, le piège qui menace à chaque page : donner à voir des personnages que le lecteur ne croira pas faits de chair et d’os est à éviter à tout prix. Des personnalités distinctes, des âmes, des voix que l’on reconnaît à chaque dialogue sans effort, c’est l’idéal qu’il faut atteindre. Pour ne pas commettre cette erreur, il faut alors chercher la profondeur, apprendre à connaître chaque protagoniste, ses réactions, ses faiblesses, son humour, ses peurs et ses joies, comme de réels compagnons. De nombreux exercices et bonnes pratiques existent pour les esquisser et les avoir au bout de sa plume mais deux écueils se présentent souvent : donner à voir cette profondeur de manière convaincante et garantir la cohérence de chacun alors mêmes qu’ils évoluent au cours du récit.  

10. Abuser des descriptions

Présenter un environnement, un univers, le physique d’une personne est un passage obligé pour tout auteur, qui plus est dans le cadre d’un roman ou d’une nouvelle. Pour se projeter, un lecteur a besoin d’un minimum de contexte et les descriptions ont cette utilité que l’on peut choisir d’user ou d’abuser. Avec parcimonie, elles provoquent des ralentissements bienvenus dans un récit, des temps de pause pour regarder autour de soi ; en abuser et le récit entier s’en ressent avec tous les défauts à la lecture que cela peut provoquer : des lenteurs dont l’intérêt diminue à mesure que ces passages se multiplient. Une erreur à éviter donc pour qui souhaite maintenir le rythme de son récit. 

Mon expérience : 

Ces erreurs, je les ai toutes faites et j’en pu en commettre bien d’autres. Certaines sont plus tenaces et m’accompagnent encore. Pour ma part, la régularité dans l’écriture ou l’éparpillement dans les projets menés sont des erreurs que j’ai appris à éviter. J’écris tous les jours depuis début 2019 me concentrant sur un seul manuscrit dans le cadre du cycle de formation “Roman” de Brandon & compagnie. 

Je me suis battue de long mois pour m’habituer aux exigences de la réécriture, à m'empêcher de sauter les étapes tout en veillant à la cohérence du récit qui se forme peu à peu. 

Pour d’autres erreurs ou mauvaises pratiques, je dois encore y accorder une attention continue : la profondeur de mes personnages, le choix des bons mots ou encore ce piège constant qu’est l’abus d'adjectifs et d’adverbes.