Pourquoi diable souhaite-t-on devenir auteur ? Qui souhaite s’engager dans cette voie, pour quelles raisons et comment y parvenir ? 

Le métier d’auteur — si cela en est bien un — demeure une sorte d’étrangeté en France, un flou artistique, une profession à la croisée des chemins : prise par la passion, soumise à une industrie, manquant à la fois de reconnaissance pour son statut et de perspectives financières suffisantes. Pourtant, c’est un métier que l’on a coutume d’admirer, du moins de bien considérer. Après tout, c’est ce qui se dit des métiers de passion. Mais ces considérations ne suffisent pas à comprendre de manière concrète ce qu’est un auteur et comment en devenir un. 

En effet — n’en déplaise à certains — on ne naît pas auteur, on le devient (décidément Mme de Beauvoir aura rendu populaire une formule bien utile…). Ce qui brille le plus, le talent qui attire l’oeil tend à éclipser le reste : la discipline, le travail, la persévérance, qui feront souvent bien plus pour la carrière d’un auteur que quelques éclats de génie. 

Nous parlerons donc ici de vocation pour devenir auteur mais de véritable métier aussi et du parcours à tracer pour en devenir un.

Auteur, un métier ? 

Être auteur repose avant tout sur le fait de démontrer une expertise dans l’art d’écrire, des compétences, un niveau technique qui rejoint la notion de professionnalisation. Ce ne sont pas des nuances mais bel et bien ce qui séparera les auteurs du reste de la population car, ne l’oublions pas, tout le monde, en principe, peut écrire. Mais pouvoir écrire et savoir écrire recouvrent deux réalités bien différentes, surtout lorsque cela touche à l’élaboration d’œuvres artistiques, bien loin de l’écriture d’un mail. 

Auteur est certes une profession au sens où l’on peut devenir auteur professionnel et reconnu — la publication de ses livres ou recueils de nouvelles est d’ailleurs le premier marqueur de l’atteinte de ce statut. Et par publication nous entendons ici à compte d’éditeur, par une maison d’édition, et non à compte d’auteur ou par l'auto publication. 

Néanmoins, la professionnalisation du métier d’auteur ne recouvre pas des besoins et une reconnaissance, pourtant essentiels dont beaucoup d’autres professions bénéficient : une couverture sociale suffisante, des perspectives financières minimales assurées, ou encore des avantages négociés qui existent pour les avocats, les notaires ou encore les professions du tertiaire relevant du Syntec. 

D’ailleurs, et cela peut être un signe révélateur, on peut lire sur le site du Centre d'Information et de Documentation Jeunesse (le CIDJ), soutenu par le ministère de l’Education Nationale : “parce que le talent prévaut sur le diplôme, il n’existe pas de formation professionnelle menant au métier d'auteur.”

Pourquoi cela devrait être à ce point différent de toutes les autres professions qui, elles, détiennent des parcours professionnalisants et des diplômes justement ? C’est d’ailleurs ne pas tenir compte de la petite dizaine de masters universitaires de création littéraire qui ont fleuri ces dernières années dans l’Hexagone. 

De fait, pour les auteurs il n’existe pas de formation reconnue mais un statut professionnel partiel et surtout des perspectives financières limitées qui empêchent de nombreux auteurs d’en vivre. 

Pour rappel, près de la moitié des auteurs en France vivent avec moins du Smic. Ils sont payés en droits d’auteur, correspondant à un pourcentage sur les ventes. Leurs revenus, versés une fois par an, dépendent donc du nombre d’exemplaires vendus et, en marge, des rééditions et des éventuels droits d’adaptation au cinéma ou encore à la télévision. 

Ce que peu de lecteurs savent est qu’en moyenne les auteurs touchent 8% sur la vente de chacun de leurs livres, cela baisse même à 6% en moyenne sur les livres jeunesse et il n’est pas rare que les primo-auteurs soient rémunérés à 3%. À titre de comparaison, les distributeurs dans la chaîne du livre peuvent toucher autant voire plus que l’auteur…

Heureusement, des acteurs du livre s’engagent à mieux rémunérer leurs auteurs, à l’instar de la maison d’édition Brandon & compagnie. 

Il s’agit donc de ne pas se faire d’illusions sur le métier d’auteur : on n’en vit pas, sauf exception. C’est un métier que beaucoup combinent à un autre, plus rémunérateur, plus stable, comme socle à leur créativité. Les best-sellers, les auteurs connus et reconnus sont visibles mais rares et sont les exceptions qui confirment la règle : on ne gagne pas sa vie grâce à l’écriture en France. Mais cela n’autorise ni le pessimisme ni le découragement ! Si les places sont chères, elles seront un jour occupées par des auteurs en devenir aujourd’hui et qui ne soupçonnent pas encore le succès qu’ils rencontreront un jour. 

On devient auteur et on le reste par passion, par intérêt pour l’écriture, par ce besoin d’exprimer son attention au monde, sa vision des hommes et des choses. Alors, une fois décidé, comment y parvient-on ?

Devenir auteur ou la persévérance de se réaliser : quelques conseils à suivre  

Que ce soit de manière encadrée ou en autodidacte, il est essentiel de se former en tant qu’auteur car, rappelons-le, c’est avant tout une question de compétences techniques, bien au-delà de la notion de créativité. 

Des nombreux formats existent en France aujourd’hui : des ateliers d’écriture aux parcours universitaires en passant par des cycles au long cours comme ceux proposés par Brandon & compagnie, l’école Les Mots ou encore Emmanuel Bing. Mais se former doit devenir une habitude et faire partie du quotidien de tout auteur. La meilleure des formations restant d’ailleurs la lecture. 

Il s’agit donc de lire, encore et encore, car un auteur ne peut bien progresser sans s’instruire et prendre exemple sur d’autres, s’inspirer et se confronter à d’autres écritures que la sienne, à d’autres styles, à d’autres cultures des mots. Les comédiens vont au théâtre, les peintres fréquentent des expositions, et les auteurs lisent. 

Pour devenir auteur, il faut aussi se reposer sur un projet concret : participer à un concours de nouvelles, se lancer dans son premier roman ou ébaucher une pièce de théâtre est la condition pour que tout commence. On ne peut rien faire d’une page blanche. En plus de lire et de se former, il faut écrire. 

D’ailleurs, se projeter à devenir auteur implique aussi une transition psychologique. On ne doit plus écrire pour soi mais pour les autres et accepter de sa chambre à la sphère publique, à terme. Il faut être prêt à cela et la transition n’est pas si simple : la manière dont on approche le sujet, si l’on pense ou non à sa future audience, influence directement notre écriture. Un roman n’est pas un journal intime sinon, encore une fois, tout le monde pourrait écrire et se faire publier. Seulement certains y parviennent et c’est dans cette nuance qu’est fixée le métier d’auteur et l’exigence qu’il implique. 

Il faut enfin s’armer de patience. On dit qu’il faut entre cinq et dix ans pour écrire un bon premier roman. Cela paraît extrêmement long mais cette règle se vérifie souvent dans la réalité. À compter les dizaines de versions du manuscrit, les mois de réécriture, le temps s’écoule à la fois rapide et lent mais l’essentiel est souvent oublié par les auteurs en devenir qui franchissent ces étapes : avant même d’avoir été publié, ils ne sont plus les mêmes auteurs qu’au démarrage. Des années de pratique se seront déjà écoulées avec les progrès qui accompagnent d’honnêtes efforts et l’on n’écrit plus de la même manière : les phrases sont plus précises, les mots plus justes et le récit bien plus rythmé. C’est déjà une réussite en soi de produire un bon premier manuscrit. Ne sous-estimons pas ce premier objectif.

Mon expérience d'auteure en devenir

Durant plusieurs années, l’objectif de publication m’a brouillé la vue et empêché de voir ce que je devais vraiment mettre en place pour progresser en écriture. Durant mon adolescence, à vingt ans, j’ai beaucoup écrit mais très peu progressé car je ne me suis pas formée. Je souhaitais devenir auteure sans m’en donner réellement les moyens au quotidien. Bien sûr, je lisais beaucoup et j’écrivais assez régulièrement mais cela s’arrêtait là. La notion de technique en écriture m’était très lointaine et je me pressais de finir mes manuscrits pour pouvoir les envoyer à des éditeurs et passer au suivant. Je ne prenais pas le temps de progresser, d’examiner mon écriture en profondeur et de me rendre compte que j’écrivais avant tout pour moi bien plus que pour les autres. 

Depuis quelques années, tout a changé. En trois ans de formation avec Brandon et compagnie, j’ai plus progressé qu’en dix ou quinze ans de pratique seule dans ma chambre. Je lis toujours, je me forme, je participe à des ateliers. Surtout, je ne me presse plus. Je sais désormais que cela prend du temps d’apprendre à bien écrire en soi et de bien écrire tout court.