Au premier abord, cela peut surprendre. Amis, famille, conjoint, tous paraissent être les personnes indiquées à qui dévoiler les ébauches de nos chefs-d’œuvre. Une première version d’un manuscrit, un brouillon de pièce de théâtre, les premiers dialogues d’un scénario, quelle que soit notre création, il nous faut encore la tenir à l’écart du monde. Sauf peut-être de nos proches.

Des retours, mais pas à n'importe quel prix

On s’imagine que notre cercle immédiat est un premier pas, une porte à emprunter vers le grand public, du moins l'audience qui, une fois l’œuvre finalisée, sera séduite par nos écrits, nos dialogues, notre créativité. Mais non.

Partager ses écrits à ses proches est souvent une erreur que tout apprenti auteur peut payer cher. Pour quelles raisons ? Tout d’abord, qu’il soit positif ou négatif, l’avis de chacun de vos proches ne vous aidera en rien car la plupart seront dénués de compétences professionnelles en la matière, seulement armés de leur subjectivité et sans recul utile sur votre travail.

De l'attrait des compliments à la chute des critiques

À l’évidence, un avis positif sera enthousiasmant pour l’auteur, grisant même s’il obtient des éloges après lecture. Mais rien ne pourra être construit ou amélioré sur des compliments qui, par nature, manquent de profondeur et empêchent de bien repérer les forces et faiblesses de ses écrits. À l’inverse, un avis négatif pourra décevoir, démotiver, influer même sur l’image que l’on a de son œuvre. Là encore, la plupart des proches peinent à apporter de la précision dans leurs critiques et heurtent sans apporter d’aide ou de levier d’amélioration.

Tout cela sans même considérer la charge émotionnelle qui existe toujours, plus ou moins forte, entre un auteur et son œuvre, mais aussi entre un auteur et ses proches. Jamais on ne peut faire abstraction que cette critique vient de l’un de ses parents, d’un frère, d’un cousin, d’un enfant. Et cela compte et influe, quoi que l’on en dise. Aussi, sauf votre conjoint peut-être, la plupart des personnes ne prendront pas toute la mesure des efforts fournis au quotidien, des problématiques de l’œuvre, des défis de maintenir une motivation sur la durée.

Résister à l'envie de montrer ses écrits, jusqu'au bout

Alors oui, même si vous êtes fier de ce que vous avez écrit, même si cela paraît contre-intuitif, même si vous êtes persuadé que des encouragements de vos proches vous feraient le plus grand bien, renoncez à leur montrer les premières versions de vos écrits. Bien souvent, cela ne sera pas une récompense.

Bien sûr, une fois finalisé et publié, votre œuvre sera visible de tous, y compris de vos proches. Là encore, n’oubliez pas, ils resteront des lecteurs ou spectateurs comme les autres.