Pour ceux qui souhaitent écrire des romans ou des pièces de théâtre, se lancer dans l’exercice de la nouvelle est loin d’être un réflexe. Plus rares sont ceux qui s’exercent dès leurs débuts à ce genre qui paraît souvent traître. On peut s’imaginer que son format court rend l’écriture plus simple, que la synthèse est plus à la portée d’un auteur débutant. Mais c’est sous-estimer les exigences que requiert l’écriture d’une nouvelle. 

Néanmoins, s’essayer à des concours de nouvelles et des appels à textes demeure l’un des meilleurs exercices pour les auteurs en devenir. 

Pour l’écriture en elle-même de la nouvelle

La nouvelle impose, par sa définition, un format et des contraintes plus ou moins strictes. Ce qui peut paraître intimidant au départ — rappelons-nous qu’une page blanche est la même qu’il s'agisse de démarrer une nouvelle ou une saga de dix tomes — est précisément ce qui se révèle enivrant dans l’exercice de la nouvelle. 

En peu de pages, trois, cinq ou dix, l’auteur doit déployer un univers à part entière, dépeindre des personnages pour qui la profondeur ne fait pas défaut, et donner à voir un texte où la qualité doit absolument se contenter de peu de quantité. La fin d’une chute est d’autant plus importante que le lecteur vient à peine de parcourir le début et le coeur du récit. Tout est frais, resté en mémoire en l’espace de quelques paragraphes : on profite d’un lecteur attentif car pleinement pris par un court récit. 

L’essence de notre écriture, de ce que l’on souhaite transmettre en tant qu’auteur, doit être contenue en quelques pages, en peu de mots. Notre écriture doit, de fait, être d’autant plus réfléchie. C’est à cela que tient l’importance de la nouvelle : on s’exerce à l’intensité en écriture. 

Pour le bénéfice des règles d’un concours 

Chaque concours de nouvelles exige une longueur de texte en nombre de mots ou de caractères, souvent une police et un interlignage précis, en plus de la nécessité de mettre en scène un univers crédible et construit en quelques pages seulement. De nombreux concours imposent également un thème précis et, pour certains, l’exigence d’une chute pour clore la nouvelle. De fait, l’exercice peut paraître au premier abord trop contraignant mais ce cadre est justement ce qui peut faciliter l’écriture. L’inspiration a les moyens de se déployer dans un espace prédéfini. Elle suit un sentier balisé plutôt que, face à son propre manuscrit, explorer librement une immense forêt sans direction aucune.

Pour de nombreux auteurs en devenir, le cadre donné rassure par sa clarté et ses consignes. La liberté est justement possible en rapport aux limites qui lui sont données. Il n’y a plus besoin de songer aux innombrables possibilités de sujets : le ton est donné, il ne reste qu’à écrire.

Pour s’exposer à l’oeil aiguisé de professionnels

Participer à des concours de nouvelles n’est pas tant pour se comparer aux autres, à ses pairs — cela n’a que peu de sens en écriture — mais surtout pour confronter ses écrits à l’oeil de professionnels de l’édition ou de la littérature. Du moins aux regards avertis et exercés des membres de chaque jury. Tout auteur en devenir qui souhaite accéder à la sphère publique un jour doit s’obliger à présenter ses productions à des professionnels, et dépasser la sphère de ses proches ou de sa seule bulle créative. Les concours ont cela d’utile qu’ils permettent ce basculement. 

En s’exposant à l’oeil attentif de grands lecteurs et de professionnels, on peut également considérer ces concours comme une sorte de répétition avant l’envoi de son manuscrit, de son recueil de poèmes ou encore de sa pièce de théâtre lorsque ceux-ci seront finalisés. C’est “goûter” l’eau avant de plonger tout à fait. 

Enfin, bien sûr, l’adrénaline connue lors de l’attente des résultats puis la joie, éventuelle, que l’un de ses textes soit primé complète la longue liste de raisons pour lesquelles tout auteur en devenir devrait participer à des concours de nouvelles. 

Mon expérience d'auteure en devenir

Pour ma part, j’ai participé à une dizaine de concours de nouvelles, essentiellement au cours de l’année 2018. Cela a été une expérience cruciale dans mon parcours d’auteure en devenir pour plusieurs raisons. Tout d’abord, cela a amené un déblocage. Je venais de terminer mon deuxième roman mais je sentais que, seule, mes perspectives de progression demeuraient très limitées. Mis à part d’éventuels et très rares retours d’éditeurs à qui j’envoyais mes manuscrits, je n’avais pas accès aux retours de professionnels sur mes écrits et l’exercice du roman se révélait ardu en solitaire. J’avais besoin de changement. Sur les conseils de mon petit ami, j’ai donc participé à divers concours de nouvelles, la plupart à thème, et j’ai découvert un format d’écriture qui m’a plu : par la synthèse qu’il exigeait — moi qui écrit toujours de longs textes — par l’intensité que je devais donner à mes écrits, par le cadre que me procurait les thèmes définis à l’avance et le format exigé. Pas de question inutile à me poser, je n’avais qu’à écrire et me concentrer. 

Mais écrire moins ne supposait pas moins d’effort, bien au contraire. Cela a également été une découverte. Pour mes premières participations, j’avais sous-estimé la quantité de travail que chaque nouvelle requiert. J’ai manqué la date limite de participation à un ou deux concours pour cette raison précise. Cela a été une première étape dans la transformation de ma manière d’écrire. 

Enfin, ultime bénéfice, j’ai eu la chance et l’opportunité de remporter l’un des concours de nouvelles auxquels j’avais participé : celui de Brandon & Compagnie. Le premier prix ? La première année du cycle de formation “Roman” offerte, sur un parcours de trois ans, en plus d’un dossier présenté pour valider ma candidature. Je me suis donc lancée dans ce parcours de formation dont je vous parle souvent et ai pu démarrer la collaboration avec Caroline Nicolas et sa fabuleuse maison d’édition.

Alors n’hésitez plus, vous n’avez rien à perdre et tout à gagner.